Pourquoi la planification à rebours?

Il y a 3 ans, on m’a demandé d’enseigner un cours aux étudiants du baccalauréat en éducation. Après avoir enseigné près de 20 ans au primaire et secondaire, suivis de l’enseignement de 3 langues (français immersion, anglais et japonais),tout cela dans 3 provinces et 2 pays différents, je me croyais pas mal équipée et prête à devenir mentor. J’étais ravie d’accepter l’invitation de partager mes connaissances variées, de raconter mes anecdotes humoristiques, et de donner des consignes judicieuses à la nouvelle génération d’enseignants et d’enseignantes.

Par contre, les universitaires cherchaient une approche beaucoup plus informée, structurée et objective. Le sujet : L a planification et les programmes d’études. Ouf… quel thème ennuyeux, quoique nécessaire. Alors, je me suis mise à réfléchir… Oui, j’ai planifié et j’ai consulté les programmes d’études. Mais comment revenir sur mon trajet d’apprentissage, le processus naturel qui s’est développé au fil de deux décennies? Comment expliquer mes nombreuses réalisations éventuelles telles que :

  • Le programme d’études est non-négociable.
  • Les stratégies varient selon la situation et les conditions.
  • Le développement de sa propre philosophie d’éducation est critique… et doit évoluer!
  • TOUTE décision en enseignement est finalement influencée par les élèves devant soi. 

Là, comme bonne étudiante, j’ai suivi le processus d’enquête dans le but de mieux m’informer. En faisant de la recherche, j’ai redécouvert le travail de Wiggins et McTighe : Understanding by Design, 1998. UbD est une approche éducative pour la planification de l’apprentissage en salle de classe. C’est un exemple très prescriptif de planification à rebours– ce qui vise à mettre l’accent sur la compréhension de l’élève. Et pourquoi pas?

Traditionnellement, l’enseignant commence la planification en consultant les activités et les manuels scolaires (au lieu des RAS), pour atteindre le but ou l’objectif déterminé dans le programme d’études. Par contre, dans la planification à rebours, l’enseignant commence la planification en visant les résultats spécifiques du programme d’études. Ensuite, le choix des activités et des matériaux aident à déterminer la capacité des élèves et à guider leur apprentissage. Ce dernier scénario oblige que l’accent soit mis sur l’apprentissage des jeunes, et non sur l’enseignement du contenu – un bon point de départ pour faciliter et assurer l’apprentissage continu des élèves.

Autrement dit, la planification à rebours permet :

  • un enseignement plus efficace en ciblant ce qui est attendu à la fin de l'unité d'apprentissage;
  • à l'élève de prendre part à ses apprentissages en sachant d’avance ce qu'il apprendra;
  • d'assurer des liens entre l’apprentissage, l’enseignement et l’évaluation;
  • de cibler les besoins des élèves.

Le principe de la planification à rebours existe dans plusieurs formes abrégées différentes, mais elles ont en commun ces 3 étapes principales :

  1. L’identification du résultat pour l’élève (le QUOI - l’objectif/le but/le standard);
  2. L’évaluation de l’apprentissage de l’élève;
  3. Le développement des leçons (le COMMENT).

Si l’on compare la planification à rebours à l’apprentissage qui se produit naturellement dans la vie quotidienne, on peut facilement voir que les approches se ressemblent. Prenons l’exemple d’élever un enfant. En tant que maman d’un fils de 8 ans, j’ai comme objectif de développer son appréciation des arts visuels et de la scène(le résultat). J’ai déjà en tête une liste (dynamique) de critères que je cherche à observer dans le but de suivre son progrès dans ces domaines : son comportement, nos conversations, ses choix d’activités, et ses propres observations et commentaires lors de ses expériences artistiques (l’évaluation).Ensuite, j’ai identifié le genre et la fréquence des activités auxquelles on allait participer afin d’encourager son développement personnel et artistique – tout cela entièrement inspiré par ses intérêts à chaque âge et chaque stage de son enfance (leçons).   

Bien sûr, cet objectif pour mon petit bonhomme fait partie d’un plan beaucoup plus grand et élaboré. Le but final (RAG ou compétence transdisciplinaire) que je vise, c’est d’élever un individu qui n’est pas influencé par les stéréotypes sexistes. Comme parent, ceci représente seulement un moyen que j’utilise pour y arriver.

Retournons à l’université et aux étudiants du baccalauréat en éducation. Après avoir partagé cette anecdote en classe avec mes élèves adultes, je les ai menés dans un contexte qui leur permettait d’imiter la planification à rebours dans la vraie vie. Le choix de bien enseigner était un but qu’ils avaient tous en commun– facile. Ensuite, un énorme remue-méninges a révélé que la façon d’évaluer le succès variait en fonction des critères et du contexte qu’ils avaient choisis pour mesurer leurs efforts. Alors, individuellement, à partir d’une longue liste, ils ont sélectionné les critères qui détermineraient leur succès professionnel, tout en tenant compte de leur objectif. Enfin, ils ont chacun fait le choix d’activités, d’étapes, et d’études qui leur permettraient d’atteindre leur objectif final.

Éventuellement, pour réaliser cet objectif final du cours, les élèves ont travaillé en pairs afin de créer leur propre unité de planification à rebours en s’inspirant des programmes d’études et des guides pédagogiques. À l’étape de la planification des tâches d’enseignement et d’apprentissage, ils ont remarqué que le défi de planifier une leçon leur semblait moins grand qu’avant. Les étudiants ont même pu incorporer différentes stratégies et techniques d’enseignement afin d’adapter la situation d’apprentissages au niveau et au sujet choisis.

De nos jours, les élèves ont accès à tant d’information que seule la mémorisation des faits n’est plus appropriée. De plus en plus, on exige que les gens (les employés) soient capables d’appliquer ce qu’ils savent, d’analyser les données, d’évaluer les problèmes, de justifier leur opinion, de créer de nouveaux produits ou processus, ainsi que d’imaginer et d’innover. C’est la responsabilité des enseignants de trouver une manière de donner aux jeunes les outils pour accomplir ces tâches qui demandent un niveau cognitif supérieur(voir Taxonomie de Bloom – révisée) au lieu d’un simple rappel de l’information. La planification à rebours nous force de viser le but final pour nos élèves – peu importe le sujet ou la situation d’apprentissage – ce qui nous aide à choisir les activités et leçons les plus efficaces.

Dans quelle mesure pensez-vous que ce modèle reflète l’authenticité de l’apprentissage dans notre vie quotidienne?  Quelles sont vos expériences ?

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mercredi 28 juin 2017