Langue, matières et littératie, communiquer pour s'approprier les savoirs

En tant que spécialiste du curriculum en charge des cours de français en immersion au secondaire dans ma province, il m'arrive régulièrement de soulever avec mes collègues l'importance de l'apprentissage de la langue dans les matières scientifiques.  Dans ces moments-là, j'aime retourner à la raison d'être du programme qui veut que l'immersion offre aux élèves un programme d'apprentissage du français par l'entremise de l'apprentissage de plusieurs matières, paroles de Rebuffot (1979) à l'appui : « Il ne s'agit donc pas d'un cours de français proprement dit, mais d'un programme d'études où sont enseignées en cette langue diverses matières : mathématiques, histoire, arts et éducation physique, par exemple. L'objectif est d'assurer l'acquisition du français par le biais d'autres disciplines plutôt que par un cours de langue classique. (p. 4) »  

Même si cette définition semble claire et logique, comment réagir quand des collègues me disent : « Je suis prof de sciences mais pas spécialiste en français ! », « On m'a engagé pour enseigner les maths pas le français ! ». Étant également responsable des cours de sciences humaines au secondaire, je  sympathise avec leurs préoccupations et je me tourne vers une autre citation, celle-ci issue de documents du CAMEF, dans laquelle il est dit que tout « enseignant, quelle que soit la discipline qu'il enseigne, demeure un professeur de langue puisque toute discipline inclut des situations et des contenus où l'élève poursuit l'apprentissage de la langue. »[i]

En y réfléchissant un peu, on réalise que ce scénario est aussi le défi de tout enseignant, qu'il enseigne dans le contexte de la langue seconde ou de la langue maternelle.  La langue n'est pas uniforme mais un organisme polymorphe qui se transforme selon son milieu. Contrairement à ce que dit Monica Tang (citée dans le blogue ACPI de Marie-Josée Morneau ), je ne crois pas qu' « être enseignant de mathématiques en immersion française [ne soit] pas aussi simple que d’enseigner les mathématiques en français  ».  Dans toute classe « où l'on souhaite que quelque chose d'important se passe » (Meirieu 2005), rien ne se fait par osmose ou par magie, mais avec des heures de préparation, de patience, et d'efforts.

Si l'on veut que les élèves acquièrent des connaissances, y réfléchissent pour y réagir et aient des échanges intéressants sur ces connaissances dans leur langue seconde, il va falloir bien plus que la langue maternelle, des listes de vocabulaire ou des exercices de mémorisation.

Il faut, en premier lieu, faire confiance à nos élèves et comme le dit Marie-Josée Morneau (blogue ACPI) « il faut d’abord croire [fondamentalement] qu’ils sont capables de le faire, en français. » Il est aussi vrai que ce sont les élèves (et leurs parents) qui ont choisi le programme d'immersion et que chaque fois que la langue est sacrifiée au profit des connaissances dans la matière enseignée, nos élèves sont perdants et leur choix est ignoré.  Enfin, il faut que l'enseignement de la matière crée une cohésion entre la langue et les connaissances qu'elle véhicule.

Comme l'a écrit et débattu Bernard Laplante[ii] de nombreuses fois, il est essentiel que les élèves apprennent à parler dans la langue de la matière.  Ce ne sont plus des connaissances brutes dont on parle, mais des habiletés de communication propres au contexte.

Il est donc important de créer de nombreuses situations qui aideront les élèves à développer leurs habiletés de communication orale comme l'écoute, leur réaction à l'écoute, le débat ou la présentation d'informations.  Il est tout aussi important de rappeler régulièrement aux élèves les différentes stratégies de l'écoute active avant de visionner des clips, des extraits d'émission, de reportages ou de films, ou d'écouter des chansons.  En matière de lecture, toutes les stratégies de pré-lecture (l'intention, le type de texte, les mots payants), celles utilisées pendant la lecture et après la lecture qui amènent généralement à des activités de communication écrite plus structurées, sont aussi transférables du français vers les autres matières; elles sont précieuses car elles établissent des pont solides entre les connaissances et leur acquisition. De même, le vocabulaire technique doit être souvent réinvesti dans les conversations ou le journal dialogique, le retour sur les clips, les chansons, les documents ou les merveilleux billets de sortie.  Il faut utiliser le vocabulaire dans des échanges intéressants, quitte à créer des slams ou d'autres poèmes pour s'approprier ces matières en français. 

Pour faire des amorces intéressantes, il ne faut pas hésiter à exacerber et développer l'esprit critique des élèves pour les plonger dans le bain de nouveaux savoirs.  Pour introduire un vocabulaire spécialisé, il y a aussi les périodes de questionnement, l'enseignement réciproque, l'approche par le changement conceptuel et bien sûr les albums.  Tous ces outils permettent de construire la littératie.  Ils amènent les élèves à développer une confiance en soi en communiquant avec leurs pairs--en petits groupes ou en grands groupes--en développant de nouvelles connaissances sur la matière et, en réinvestissant un vocabulaire spécialisé, afin de s'approprier la langue, les savoirs et les habiletés.

b2ap3_thumbnail_Pablo-trouve-un-tesor.jpgb2ap3_thumbnail_Une-guerre-pour-moi.jpg

Tous les profs de physique n'ont pas nécessairement un goût pour la poésie des électrons « Lorsque/ je lance/ des électrons/dans les airs/un à la fois,/ils forment une distribution unie et plate...», par contre, comme leur collègue de sciences, de maths ou de sciences humaines,  ils sont responsables d'une langue et d'un discours qui ne concernent pas seulement les électrons : « Nous enseignons pour faire vivre à d'autres la joie de nos propres découvertes. » (Meirieu).

Pour conclure, je vous propose quelques pistes d'intégration de la langue quelle que soit la matière étudiée.  Toujours avec le but d'apprentissage en tête, du type de communication ciblée, et peut-être de la question essentielle pour guider la discussion ou la production, les élèves vont pouvoir enrichir leur communication orale et écrite, que ce soit sur le plan des connaissances que celui des habiletés, et vous informer de ce qu'ils savent déjà sur le sujet : 

Avant de commencer l'apprentissage et pour savoir où en sont les élèves

BUTS D'APPRENTISSAGE

ACTES DE PAROLE

QUESTION ESSENTIELLE OU DE REFLEXION

SELON LA LEÇON OU LA MATIERE

SITUATION D'APPRENTISSAGE

Atteindre un consensus en petit groupe

·        Partager des connaissances  sur un sujet

·        Noter les informations

L'activité napperon (4 élèves)

https://tse1.mm.bing.net/th?id=OIP.M51ab943a625f2cbce3f0aec0a1b6f7afo0&pid=15.1&P=0&w=267&h=144

Rassembler des informations sur un sujet précis

·        respecter le tour de parole

·        identifier les informations de base

Les quatre coins (les élèves divisés en 4 groupes)

Comprendre la lecture d'un texte comme un expert

·        relever des informations importantes

·        partager ses informations avec son groupe

·        identifier les mots clefs

L'activité-casse-tête (4 élèves par texte)

 

Pendant l'apprentissage

Clarifier ses savoirs

·        rédiger de courtes phrases

·        développer une définition

 

 

Le modèle de Frayer

http://www.cforp.ca/fichiers/geel/lecture/pdf-gabarits_modele_frayer.pdf

 

Après l'apprentissage

Consolider ses savoirs

·        informer

·        structurer ses idées

 

La carte heuristique

http://www.mapping-experts.fr/accueil/

 

[i] CAMEF : Conseil Atlantique des Ministres de l'Éducation et de la Formation

[ii] Ancien professeur à l'université de Regina. Conférence de Barcelone, 2004

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Curieux un jour ! Curieux toujours !
Congrès 2016 de l’ACPI : Perspective d’une étudian...
 

Commentaires 1

Simon Laplante le mardi 13 décembre 2016 17:25

Modèle de Frayer
Oui c'est en effet un excellent outil et on peut l'utiliser pour créer des murs de mots ou vocabulaire spécifique à la matière ou l'unité enseigné. Développer le vocabulaire dans les sujets spécifique est très important et ce vocabulaire doit être visible et accessible!
Bravo Christine pour un excellent blogue!

Modèle de Frayer Oui c'est en effet un excellent outil et on peut l'utiliser pour créer des murs de mots ou vocabulaire spécifique à la matière ou l'unité enseigné. Développer le vocabulaire dans les sujets spécifique est très important et ce vocabulaire doit être visible et accessible! Bravo Christine pour un excellent blogue!
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mercredi 28 juin 2017